Approche
 

Qu’est-ce que le graff vidéo :

Le "graff vidéo" est une nouvelle forme d'art vidéo. La caméra vidéo est manipulée comme une bombe de peinture avec la lumière pour matière picturale. En fonction des mouvements qu'on opère avec la caméra, on obtient des résultats différents. La caméra peut être agitée avec des mouvements rapides et amples de façon à réaliser de grandes traces lumineuses continues, ou bien elle peut être agitée par à-coups pour faire des effets de matières ou d’ambiances lumineuses. On peut aussi se servir du zoom avant-arrière sur un point lumineux, ou faire face à des sources lumineuses en mouvement.
Le terme "graff vidéo" décrit à la fois la pratique et le résultat produit par cette pratique.

Petite histoire :

J'ai réalisé pas mal de graff "classique", avec des bombes de peinture, dans les années 80s. Depuis le début des années 90s, j'expérimente le traitement de la lumière dans la vidéo. En parallèle, j’ai développé la notion de "matière d’image", une abstraction du sujet filmé pour ne retenir que l’image en tant que tel, l’image vidéo en tant que matière picturale. Cette "matière d’image" peut ensuite être réutilisée ou transformée, de la même manière que l’on peint avec des pigments de matière.
C’est dans la continuité de ces expériences que j’ai créé ce concept de graff vidéo au début des années 2000s. C’est un cas d’utilisation de la "matière d’image", comme source de compositions graphiques. Avec un parallèle entre le maniement de la caméra vidéo et celui de la bombe de peinture.

Un usage improvisé et spontané :

Personnellement, je privilégie le live, la création directe et instinctive en fonction de l'ambiance générale, des situations rencontrées, du son environnant, et de la lumière bien sûr. Je ne sais pas ce qui va se passer à l'avance, je ne maîtrise ni l'environnement ni la situation. C’est de la pure impro au sens où je ne mets pas en scène les lumières (je ne viens pas avec mes lampes que je disposerais en préalable dans le lieu) et où je ne sais pas ce qui va se passer (je ne connais pas le déroulement). L'improvisation se fait au fur et à mesure. Les enregistrements sont en prise directe, sans retouche ou effet post-prod.
Au-delà des images obtenues, les vidéos sont aussi des témoins des instants passés, de moments de vie, et de performances réalisées.
C’est agréable de partager ses créations avec d’autres personnes (d’où la mise en ligne sur ce site), de proposer de nouvelles formes d’images, et de recueillir les réactions de spectateurs. Mais je vis aussi l’acte créatif comme des moments de plaisir personnel, et de surprise face à de nouvelles images générées. Il m’arrive parfois de ne pas activer l’enregistrement, et de simplement regarder dans le viseur les séquences de graff vidéo réalisées en live.

Le graff vidéo, un art total :

Le graff vidéo est au croisement de plusieurs domaines artistiques :

  • le graphisme avec des traits et des formes qui se dessinent. Avec la possibilité d’obtenir des graffs en 3D en immersion dans l’environnement spatial (on peut tourner, se mouvoir autour et dans les lumières);
  • la musique et le son qui interagissent avec les images, parfois générateurs des mouvements créés (impulsions données aux mouvements de caméra), parfois soulignant ou accompagnant les images (dialogue entre image et son sur les variations et la composition);
  • la danse, au niveau de la gestuelle, du maniement de la caméra, des positions et des déplacements dans l’univers filmé. A souligner, l'importance de la gestuelle ; le mouvement participe activement à la création de la forme, en particulier avec le phénomène de rémanence de la lumière ;
  • les arts numériques, avec le traitement interactif des images, la trace virtuelle, la réalité augmentée dans certains cas (superposition distinctive des graffs à des images "normales");
  • le spectacle (dans le cas de performances réalisées devant un public);
  • et bien sûr l'art vidéo, et le vjing (dans le cas d’une projection en direct).

C’est aussi un art très ludique dans sa pratique (jeu avec l’objet caméra, jeu avec les images, jeu avec les situations).

Le graff vidéo, une nouvelle forme et pratique du graff :

Il s’apparente à plusieurs titres au graff "classique". Le "tag vidéo" (une des formes du graff vidéo) est une extension du tag classique, à la fois du tag en tant que dessin spontané, mais aussi en tant que symbole (avec par exemple ma série de "tags vidéos" sur des lustres, symbole de luxe et d’académisme). On retrouve aussi la notion de recouvrement (lorsque j'utilise un sujet ou une situation pour l'enrober dans une séquence de graff vidéo). Et aussi, pour les connaisseurs, le bruit de la caméra qu’on agite fait penser au bruit de la bombe de peinture qu’on secoue :)
Toutefois, le graff vidéo se distingue par le fait qu’il est généré avec de la lumière au lieu de la peinture, et qu’il est d’une certaine manière virtuel : il peut être vu de partout par les outils de diffusion numérique sans avoir de trace dans l’espace physique. Il offre un autre regard sur la réalité, à la fois dans la composition et dans la scénarisation volontaire ou improvisée. Au-delà du medium et du support, une des grandes différences se situe dans le fait qu’il s’agit d’un film et non d’une image fixe, avec une création en flux continu dont la séquence peut être revue autant de fois que l’on veut.
En fait, le graff vidéo se positionne comme une variante du graff "classique". A l’instar du "light graff" (graff avec appareils photo) ou du "projection bombing" (graff projetés sur des immeubles), il permet d’explorer de nouveaux territoires d’images et de sensations, à la fois pour les spectateurs et celui qui le pratique.